Paris et la Seine by Paul Verlaine

A l'approche du soir

PARIS ET LA SEINE

Toi, Seine, tu n’as rien. Deux quais, et voilà tout,

Deux quais crasseux, semés de l’un à l’autre bout

D’affreux bouquins moisis et d’une foule insigne

Qui fait dans l’eau des ronds et qui pêche à la ligne

Oui, mais quand vient le soir, raréfiant enfin

Les passants alourdis de sommeil et de faim,

Et que le couchant met au ciel des taches rouges,

Qu’il fait bon aux rêveurs descendre de leurs bouges

Et, s’accoudant au pont de la Cité, devant

Notre-Dame, songer, cœur et cheveux au vent !

Les nuages, chassés par la brise nocturne,

Courent, cuivreux et roux, dans l’azur taciturne;

Sur la tête d’un roi du portail, le soleil,

Au moment de mourir, pose un baiser vermeil.

L’hirondelle s’enfuit à l’approche de l’ombre

Et l’on voit voleter la chauve-souris sombre.

Tout bruit s’apaise autour. A peine un vague son

Dit que la ville…

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Musique et Nuance

deuzero

De la musique avant toute chose !
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse et qui pose.

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise:
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’indécis au précis se joint.

C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Plus la Couleur, rien que la Nuance :
Ô la Nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
– et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l’Eloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien…

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