Le Bonheur des Dieux

« Les Jardins de Monet » Juin 2017

« Gavée de chlorophylle et d’azur, j’avais plaisir à m’arrêter, dans des villes ou des villages, devant des pierres que l’homme avait ordonnées. La solitude ne me pesait jamais. Je m’étonnais inlassablement des choses et de ma présence ; cependant, la rigueur de mes plans changeait cette contingence en nécessité. Sans doute était-ce là le sens — informulé — de ma béatitude : ma liberté triomphante échappait au caprice, comme aussi aux entraves, puisque les résistances du monde, loin de me brimer, servaient de support et de matière à mes projets. Par mon vagabondage nonchalant, obstiné, je donnais une vérité à mon grand délire optimiste ; je goûtais le bonheur des dieux ; j’étais moi-même le créateur des cadeaux qui me comblaient. »

La Force de l’Âge,
Simone de Beauvoir 

ingénéalogie

Qui es-tu, qui sortis de l’ombre
Dans la lumière de la nuit ?
Tu n’es ni un nom ni un nombre,
Tu n’es rien : tuer t’a détruit.

Qui t’ordonna – quel fou, quel lâche –
De laisser tes marques de fer,
Comme d’indélébiles taches
Sur nos trottoirs et dans nos chairs ?

Retourne à l’ombre de l’histoire !
Face à terre, les innocents
Se sont envolés vers la gloire
Bien mieux que tes gouttes de sang.

Nos héros dînaient en terrasse
Un soir de novembre à Paris,
Ils n’avaient ni patrie ni race
Ils riaient quand tu les as pris.

Leur joie morte est notre espérance
Leur rire éteint est notre foi.
Ils brillent au Stade-de-France
Et rue de la Fontaine-au-Roi.

Si nos larmes sont pour nos frères,
Nos cris sont pour l’humanité :
Il faut plus qu’une arme de guerre
Pour ébranler la liberté.

Paris, le 15 novembre 2015,

RC

View original post